top of page
  • Instagram
  • Twitter
  • LinkedIn
  • Facebook
  • Youtube
  • telegram-black-icon_edited

Sur Spengler

à propos de la parution de Je jalouse quiconque vit

31 janvier 2026

Tancrède du Peloux, Oswald Spengler.jpg

J’ai découvert les Carnets Eis heauton (« Pensées pour moi-même », selon le modèle de Marc-Aurèle) de Spengler après avoir dévoré compulsivement le Déclin de l’Occident. C’était à Vienne, j’étais encore étudiant.

Pour ceux qui n’y sont pas passés, il suffit de dire qu’à Vienne il y a quelque chose de figé et d’enrobant, par l’ordre des rues, le tempérament égal des Viennois, la disposition des pastels sur les façades, le vrombissement discret des tramways. Et en même temps…

En même temps, c’est la ville de grands génies exaltés, infernaux, enragés, abscons, insondables. Vienne n’est pas une pâtisserie. Spengler est né en Saxe et a vécu en Bavière, il faut encore descendre pour arriver dans ce passé de l’autre côté du temps, après l’histoire.

C’était en 2014. Un siècle après la fin du monde. Ville de la paix perpétuelle, douce et ronde et claire, la mort comme un grand sommeil. L’histoire étant dans un décor qui ne prétendait même pas le contraire, c’était le moment parfait pour lire Spengler.

J’ai donc commencé comme tout le monde par Le Déclin de l’Occident, comme tout le monde j’ai été surpris par la quantité de sens qu’abritait ce titre apparemment univoque, puis je me suis laissé transformer par une œuvre dont je n’ai depuis pas trouvé d’équivalent.

Pour restituer l’ampleur du bouleversement intellectuel (mais pas seulement) qu’il a suscité chez moi, j’ai introduit Je jalouse quiconque vit par un essai « Le problème Spengler. Veut-on vraiment que l’histoire soit compréhensible ? » (dans HUIS CLOS #2, été 2023).

Ce petit essai permet au lecteur qui ne serait pas familier du Déclin de l’Occident d’appréhender ces Carnets, dans lesquels Spengler prépare sa grande œuvre. J’espère qu’il rend compte de la spécificité de cet historien, de ce philosophe.

Quant aux carnets eux-mêmes… Ce sont des notes éparses, retrouvées par ses sœur et nièce, conservées par une bibliothèque publique de Munich, publiées d’abord à Düsseldorf par Lilienfeld, et traduites pour la toute première fois dans une autre langue pour les Éditions Huis Clos !

On y découvre le cœur intime d’un auteur que la postérité a comme grimé en caricature d’Allemand sérieux, alors qu’il est avant tout un enfant de 1880, post-romantique, exalté, polymathe — il a commencé par les mathématiques et la biologie —, mélomane, poète.

Je les trouve hautement émouvants, comme un bouquet de fleurs tantôt ténébreuses, tantôt lumineuses, qu’il aurait déposé sur le marbre du Déclin.

Lisez-les pour vous baigner dans l’air d’un temps si particulier, la génération d’Européens qui a vu son monde se suicider en 1914 alors qu’elle se croyait destinée à posséder l’univers.

 

​                                            Oswald Spengler

                                             Je jalouse quiconque vit

                                            Traduit de l’allemand par Max Goldminc

                                            118 pages

                                            12 euros

                                            © Éditions Huis Clos, 2026, pour la traduction française

bottom of page