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Quant à De Gaulle

18 juin 2026

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Nous sommes en 1940. Après avoir essuyé un refus de Monnet à l’ambassade de Londres, De Gaulle repart. Derrière un visage digne, l’acteur Simon Abkarian parvient à montrer l’émotion contenue, oscillant entre désespoir et humiliation. Coup de théâtre : Pleven, présent lors de l’échange à l’ambassade, décide d’aller voir le général en secret. Ce dernier le reçoit dans sa chambre de bonne, avec rien d’autre comme siège à lui proposer que son lit de camp grinçant. Scène ridicule et absurde : on imagine sans peine l’incrédulité de Pleven devant cette trop grande silhouette rehaussée d’un képi se présentant comme la France — alors qu’il est seul. Pas d’armée, pas de territoire, pas de mandat. Seulement un homme qui a décidé d’incarner un pays avant que quiconque ne l’y autorise. Et c’est peut-être cela, la forme la plus nue du politique : se déclarer légitime quand rien, objectivement, ne le justifie encore.

 

Il est seul et contre tous. Et c’est dès cette scène que tout est dit : la guerre contre l’occupant qui n’est même pas encore visible à l’écran, la guerre contre des Alliés qui doutent, la guerre contre son propre découragement. Le film n’a pas besoin d’attendre pour le montrer. Il est là dès ce lit de camp où Pleven s’assoit, interloqué.

 

Mers el-Kébir vient le confirmer, par un détour pudique. Le réalisateur ne filme pas la réaction de De Gaulle apprenant la nouvelle. Il filme Churchill, seul avec sa décision, seul avec ce qu’elle va coûter, c’est-à-dire la vie des marins français tués par leurs propres alliés. Et c’est Churchill qui choisit de ne pas prévenir de Gaulle avant, pour ne pas l’accabler davantage.

 

Puis vient Bir Hakeim. D’un côté, l’Afrika Korps : des blindés à perte de vue, une puissance de feu écrasante, l’aviation qui pilonne sans relâche. De l’autre, une poignée d’hommes enfouis dans le sable, la poussière sur les visages creusés par l’épuisement et la soif. Le rapport de force est tel qu’il devrait suffire à trancher l’affaire en quelques heures. Mais il n’en est rien. Pendant seize jours, ils tiennent, afin de permettre à l’armée anglaise de se replier. Leur devoir accompli, il fallait encore décider : fuir vers une base française, au risque de se faire tuer en chemin, ou se rendre. Koenig leur dit qu’ils peuvent choisir leur mort. Personne ne décide de se rendre. Ce déséquilibre absurde entre les moyens et l’enjeu, on le retrouve à toutes les échelles du film : quelques hommes contre l’écrasante évidence des chiffres, et qui finissent, au-delà de toute logique, par faire basculer le cours de la guerre.

 

De Gaulle n’était pas un saint homme. Le film ne le cache pas, et c’est ce qui le rend juste : les pensées sombres, l’abattement, l’orgueil, les maladresses avec les Alliés. Il n’est pas irréprochable, ni flamboyant, en toutes heures. Mais ceux qui aujourd’hui ne retiennent que ses failles devraient peut-être d’abord se demander une chose, avec humilité : aurions-nous eu, nous, ce courage-là ?

 

Car le courage, le vrai, ne se mesure jamais dans le confort. Il est facile de juger un homme seul dans une chambre quand on n’a soi-même jamais eu à choisir entre sa tranquillité et une idée plus grande que soi. Il est facile de critiquer ceux qui tiennent une position intenable quand on n’a jamais eu à tenir quoi que ce soit, ni à risquer sa réputation, ni à s’exposer au ridicule d’incarner seul une cause que personne ne croit encore juste. Le conformisme ne se présente jamais sous ce nom. Il se déguise en prudence, en réalisme, en sens des responsabilités, et il prospère précisément parce qu’il ne coûte rien à celui qui s’y range.

 

De Gaulle, lui, a accepté de payer le prix. Le doute, l’isolement, la tentation du renoncement :  tout cela, le film le montre sans complaisance. Mais il montre aussi qu’à un moment donné, dans une chambre de bonne ou dans le sable de Libye, quelques-uns ont choisi de tenir alors que tout les invitait à céder. Et c’est ainsi, parfois, que se joue le destin d’un pays : non pas dans la force du nombre, mais dans l’audace d’une poignée qui refuse de se rendre.

 

Reste alors une question, qui ne s’adresse à personne en particulier et à chacun en même temps : de quel côté nous serions-nous trouvés ?

 

Aussi, notre conclusion tient en cette recommandation : voyez ce film. Il mérite le détour, le coup d’œil, et aussi de l’attention.

                                        Antonin Baudry,

                                        La Bataille de Gaulle

                                        Partie 1 : L’Âge de fer (3 juin 2026)

                                        Partie 2 :  J’écris ton nom (26 juin 2026)

                                        © Pathé Films 

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